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Introduction à la conférence du 22 Sept. 2013, par Matthieu Ricard

Notre époque est confrontée à de nombreux défis. L’une de nos difficultés majeures consiste à concilier les impératifs de l’économie, de la recherche du bonheur et du respect de l’environnement. Ces impératifs correspondent à trois échelles de temps, le court, le moyen et le long termes, auxquelles se superposent trois types d’intérêts — les nôtres, ceux de nos proches et ceux de tous les êtres.

 

L’économie et la finance évoluent à un rythme toujours plus rapide. Les marchés boursiers s’envolent et s’écroulent d’un jour à l’autre. Ceux qui vivent dans l’aisance rechignent à réduire leur train de vie pour le bien des plus démunis et pour celui des générations à venir, tandis que ceux qui vivent dans le besoin aspirent légitimement à davantage de prospérité, mais aussi à entrer dans une société de consommation qui encourage l’acquisition du superflu.

 

La satisfaction de vie se mesure, elle, à l’aune d’un projet de vie, d’une carrière, d’une famille et d’une génération. Elle se mesure aussi à la qualité de chaque instant qui passe, des joies et des souffrances qui colorent notre existence, de nos relations aux autres ; elle s’évalue en outre par la nature des conditions extérieures et par la manière dont notre esprit traduit ces conditions en bien-être ou en mal-être.

 

Quant à l’environnement, jusqu’à récemment, son évolution se mesurait en termes de milliers ou dizaines de milliers d’années. De nos jours, le rythme de ces changements ne cesse de s’accélérer du fait des bouleversements écologiques provoqués par les activités humaines. En particulier, les changements rapides qui se sont produits depuis 1950 ont défini une nouvelle ère pour notre planète, l’Anthropocène, (littéralement « l’ère des humains »). C’est la première ère dans l’histoire du monde où les activités humaines modifient profondément (et, pour l’instant, dégradent) l’ensemble du système qui maintient la vie sur terre.

 

L’altruisme est le seul concept qui nous permettre de relier naturellement les trois échelles de temps — court, moyen et long termes — en harmonisant leurs exigences.

 

Dans le monde contemporain, l’altruisme est plus que jamais une nécessité, voire une urgence. Il est aussi une manifestation naturellede la bonté humaine, dont nous avons tous le potentiel, en dépit des motivations multiples, souvent égoïstes, qui traversent et parfois dominent nos esprits.

 

Si chacun d’entre nous cultivait davantage l’altruisme, c’est-à-dire si nous avions plus de considération pour le bien-être d’autrui, les investisseurs par exemple ne se livreraient pas à des spéculations sauvages avec les économies des petits épargnants qui leur ont fait confiance, dans le but de récolter de plus gros dividendes en fin d’année. Ils ne spéculeraient pas sur les ressources alimentaires, les semences, l’eau et autres ressources vitales à la survie des populations les plus démunies.

 

Si nous avions davantage de considération pour autrui, nous agirions tous en vue de remédier à l’injustice, à la discrimination et au dénuement. Nous serions amenés à reconsidérer la manière dont nous traitons les espèces animales, les réduisant à n’être que des instruments de notre domination aveugle qui les transforme en produits de consommation.

 

Enfin, si nous avions davantage de considération pour les générations à venir, nous ne sacrifierions pas aveuglément le monde à nos intérêts éphémères, ne laissant à ceux qui viendront après nous qu’une planète polluée et appauvrie.

 

Nous nous efforcerions au contraire de promouvoir une économie solidaire qui donne une place à la confiance réciproque et valorise les intérêts d’autrui. Nous envisagerions la possibilité d’une économie différente, celle que soutiennent maintenant nombre d’économistes modernes, une économie qui repose sur les trois piliers de la prospérité véritable : la nature dont nous devons préserver l’intégrité, les activités humaines qui doivent s’épanouir, et les moyens financiers qui permettent d’assurer notre survie et nos besoins matériels raisonnables.

 

 

 

L’expérience de milliers d’années de pratiques contemplatives atteste que la transformation individuelle est possible. Cette expérience millénaire a été maintenant corroborée par les recherches en neurosciences qui ont montré que toute forme d’entraînement — l’apprentissage de la lecture ou d’un instrument de musique par exemple — induit une restructuration dans le cerveau, tant au niveau fonctionnel que structurel. C’est ce qui se passe également lorsque l’on s’entraîne à développer l’amour altruiste et la compassion.

 

Les travaux récents de théoriciens de l’évolution mettent quant à eux l’accent sur l’importance de l’évolution des cultures, plus lente que les changements individuels mais beaucoup plus rapide que les changements génétiques. Cette évolution est cumulative et se transmet au cours des générations par l’éducation et l’imitation.

 

Les cultures et les individus ne cessent de s’influencer mutuellement. Les individus qui grandissent au sein d’une nouvelle culture sont différents, parce que leurs nouvelles habitudes transforment leur cerveau par le biais de la neuroplasticité, et l’expression de leurs gènes par le biais de l’épigénétique. Ces individus contribueront à faire évoluer davantage leur culture et leurs institutions, et ainsi de suite et ainsi ce processus se répète-t-il à chaque génération.

 

Pour récapituler, l’altruisme semble être un facteur déterminant de la qualité de notre existence, présente et à venir, et ne doit pas être relégué au rang de noble pensée utopiste entretenue par quelques naïfs au grand cœur. Il faut avoir la perspicacité de le reconnaître et l’audace de le dire.

 

Matthieu Ricard

 

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